Rêves éveillés

 

 

L’évocation de « rêve éveillé » raisonne avec ma pratique de la peinture, dans le rapport notamment au réel. Dans le paradoxe qu’il peut y avoir entre la perception de ce réel et sa mise en forme, en signes, en gestes. Cette « expression » paradoxale semble bien s’ajuster à ma pratique de la peinture, je ne suis pas seulement le peintre mais aussi le spectateur. Je suis donc double… un va et viens se fait entre l’action et la conscience de cette action …..  Ensuite de par ma pratique, somme toute classique, celle de partir du réel, d’une fascination de celui-ci, de le percevoir comme une hallucination pour ensuite le traduire en peinture, ou plutôt en lumière… La réalisation d’une peinture devient le témoignage du songe qu’est notre vie, la trace témoignant de ce qui a disparu dans le brouillard du passé. La conscience d’être un corps, à quoi tient-elle ? C’est nos pauvres sens, si limités en somme, qui nous la font éprouver cette vie, ce réel auquel on accorde tant d’importance, il est soit disant tangible, on le touche, mais en fait je crois surtout que nous sommes nous les hommes, des machines a rêver, oui on le rêve ce monde. Le langage de l’art est l’artifice, parce que c’est ce qui est de plus commun aux hommes. Finalement les toiles sont des fenêtres sur vues rêvées……

 

 

« Il y a les boyaux. Vous avez vu à la campagne chez nous jouer le tour au chemineau ? On bourre un vieux porte-monnaie avec les boyaux pourris d’un poulet. Eh bien, un homme, moi je vous le dis, c’est tout comme, en plus gros et mobile, et vorace, et puis dedans, un rêve. »

Louis-Ferdinand Céline « Voyage au bout de la nuit »

 

Je peins des paysages quotidiens que je traverse en spectateur démuni. Le réel me déborde. Il y a un trop plein d’informations, de sensations. Je dessine, prend note de ce réel….première transformation, première métamorphose du senti vers le signe. Ensuite avec  la distance que donne le temps, c’est le travail de l’atelier qui consiste à reprendre le dessin et le souvenir subjectif pour transformer tout cela en du vivant. Je peins alors avec la paresse de la main, la fatigue que provoque la répétition d’un même signe, sans trop d’artifice, avec une certaine pauvreté de moyens. A partir de la matière peinture, par quelques contrastes, quelques fausses perspectives, l’enjeu est de donner assez à voir pour que la vie naisse sans trop décrire pour que le spectateur puisse continuer ce qui a été commencé. Je veux rendre en peinture l’expérience de la traversée du monde. C’est l’expérience de mon corps traversant l’espace-paysage qui m’intéresse. Le paysage me permet de parler de sensations, il devient sur la toile un espace mental, laissant de côté toute psychologie ou narration pour se prêter à toutes les métamorphoses possibles ….

octobre 2013

Mariano Angelotti

Au cœur de la nuit, les choses qui le jour nous étaient distinctes, nous semblaient habituelles, deviennent des masses mystérieuses et immenses.
L’œil voit à l’envers du jour... Là où le jour les ombres donnent du relief à l’espace, lui même dominé par la lumière qui tombe sur toute chose, la nuit, la lumière est une signalétique, les points de lumière y rythment l’espace plat dépourvu de perspective linéaire.
Car la nuit déploie des surfaces plates et profondes, des pans entiers de profondeur rythmés de clartés. Les choses les plus communes, le jour se métamorphosent la nuit. Une maison le jour est une surface impénétrable, un pan accrochant la lumière et ne laissant entrevoir que des trous sombres.
La nuit cette surface disparaît, se mêlant à la masse abstraite de la noirceur du paysage nocturne et comme un joyau, la fenêtre qui le jour n’était qu’une meurtrière s’illumine d’or, nous montrant son intimité.Je peins des nocturnes pour montrer la magie que je perçois. La réalité parfois revêt une apparence de rêve, la lumière possède cette merveilleuse puissance de transformer la moindre chose en apparition onirique.
Le monde visible, quotidien se charge de quelque chose qui le rend plus présent, plus vivant. C’est ce que j’essaie d’attraper. Attraper la charge émotionnelle d’un lieu...

Le 4 février 2013

Mariano Angelotti


Je ressens la peinture comme la possibilité de changer de dimension, elle me permet de creuser une réalité, d'y arrêter le temps, de le suspendre en quelque sorte pour m'y promener à loisir.Je considère ma peinture comme autobiographique, intime.Je crois que ce que je recherche c'est le regard de moi enfant. Un regard entre fascination et sidération devant les choses sous la lumière. Ici je présente des dessins sur des formats ronds, des tondos, des figures perdues dans la complexité de l’enchevêtrement végétal, le rond permet cela, il me rappelle surtout cet acte enfantin de fermer un œil, de former comme un tube avec sa main de droite, de porter sa main à l’œil resté ouvert et de regarder le monde comme un pirate scrute la mer à travers une longue vue….Voilà donc des portraits de mes filles, dessinés d’après nature, ayant comme thème l'enfance.........

 

Mariano Angelotti

 

J’ai toujours eu l’impression d’être un petit garçon en train de jouer aux playmobiles quand je dessine ou peint un paysage, c’est comme ça, je n’ai aucun sentiment romantique qui me vienne face à la nature sans qu’une certaine ironie vienne se fourrer dans ma tête, alors je ne vois pas comment tout ça ne peux pas faire autrement que d’exister dans ma peinture….j’aime à mettre l’accent sur certains détails (ridicules aux yeux du chercheur de beauté et de noblesse) et d’articuler un tableau autour des défauts qui m’attirent tellement le regard, je ne peux peindre ce que je ne vois pas, mais malgré tout il me semble que j’arrive à une sorte de beauté….Notion que je ne réfute pas et il n’est pas dit qu’un jour je ne vois la noblesse et la beauté pure des choses seulement pour le moment j’en suis à l’adolescence de mon travail et de moi-même et j’espère bien grandir et trouver une paix intérieure plus grande. Il existe une nouvelle de Borgès, le seul compatriote que j’estime, qui résume tout à fait ce que parfois je crois faire, cette nouvelle raconte l’existence d’un écrivain qui aurait passé sa vie entière à esquisser d’une façon volontairement maladroite des histoires drôles, dans le seul superbe but qu’elles deviennent de par le bouche-à-oreille de très bonnes blagues sans auteur apparent. Parfois je crois que j’adhère à l’idée que je suis cet auteur volontairement maladroit et aussi une personne qui essaye d’améliorer l’œuvre des collègues antérieurs. Un peintre que j’admire, disais que quand on créer quelque chose de nouveau, c’est toujours un peu laid et que ceux qui suivent, embellisse cette création. Je me suis bien trop éloigné du sujet, qui est le paysage, mais je crois que tout sujet en peinture est un espace où je mets en jeu ma vision de la peinture avec un grand p, le jeu des références si chères au peintre amateur qui sans vergogne veut être le plus ressemblant à son idole du moment voilà ce que je cherche aussi. Et quoi de mieux que le paysage pour laisser divaguer sa vision, faire parler le palmier picassien avec la mer de Marquet sans oublier ce ciel digne d’un cartoon américain des années 50…...Suivre ainsi son cerveau jouer à saute-tableaux, d’une référence à une autre, c’est peut-être ça le style, c’est la souplesse qui permet au peintre d’être au plus près de sa sensation.

 

Mariano Angelotti

 2004-06-21

 

When I paint, it feels like when I was a chid playing with my playmobiles, like a god creating his own universe. And I try to find again this childhood feeling.

For me painting has to do with the desire of doing certain kind of gesture. For instance covering part of the canvas with a big brush and a fluid paint, covering a first fresh layer of paint with my paintbrush full of thick paint, sliding through.

Something happens while I am painting, I have to find a sign a stylised form a scripture. While painting landscape, I can play with Picasso’s palm-tree, Marquet’s sea and even the sky looking like a cartoon. It’s like a flipper-party. I follow my brain jumping from a reference to another one.